Témoignage de Guido Fuga:

 

"Je m’appelle Guido Fuga et je suis né à Venise le 25 juin 1947. J’aimerais vous décrire de façon concise quelques points concernant ma relation avec Pratt et Mme Z*. qui me permettent de soutenir que cette dernière a amplement abusé de son rôle pour s’approprier  de biens qui ne lui appartiennent pas et de faire le commerce, sans en avoir le droit, du patrimoine d’ originaux qui lui ont été confiés.

J’ai commencé à fréquenter Hugo Pratt en  1968 à Venise alors que j’étais étudiant en architecture et l’amitié qui s’est instaurée entre nous et ma belle compagne Mariolina (modèle pour le personnage de Venexiana Stevenson) à duré jusqu’à la fin de ses jours. A sa demande, j’ai tout de suite commencé à travailler en collaboration avec lui, cela consistait à lui faire tous les véhicules militaires, enfin tout ce qu’il n’avait plus envie de dessiner, il voulait que cela soit fait de manière rigoureuse par moi-même.

Cette collaboration qui m’a amené à le fréquenter intimement come peut le témoigner Silvina, a perduré alternativement, tout au long de notre amitié, même pendant les derniers jours d’avant sa fatale hospitalisation en clinique, j’étais encore en train de lui préparer des dessins pour une histoire commandée par l’ENI (Ente Nazionali Idrocarburi), je peux donc témoigner d’un rapport d’étroite amitié et d’affection de près de 30 ans. Quand Mlle Z. est apparue, elle n’avait à l’époque pas plus de 14 ou 15 ans, j’étais moi déjà au travail depuis longtemps et au fait de ses obsessions et manies dans sa façon de faire, de sa possessivité concernant ses planches originales. Il me suffit de vous dire que malgré notre amitié et mes insistantes demandes d’avoir au moins une planche témoignant de notre merveilleux travail, Pratt, extrêmement généreux par ailleurs, s’est refusé à chaque fois à ma requête précisément pour que ses histoires restent complètes, ce que peut confirmer également Mr Raffaele Vianello.

Peu avant son décès, il avait réussi à racheter au vieil éditeur genevois, Ivaldi, chèrement payés, les originaux de sa première histoire : La Ballade de la mer salée, pour tout avoir de Corto en sa possession. Ceci étant, vous comprendrez ma perplexité  quand à l’occasion des dix ans de sa disparition, la ville de Venise voulant rendre un petit hommage à son illustre citoyen, j’ai contacté Mme Z. au nom de la mairie de Venise pour avoir ne serait-ce qu’une petite histoire d’une vingtaine de pages à exposer, elle m’a répondu naïvement qu’il n’existait plus aucune histoire complète. Or je me suis personnellement occupé de la très belle exposition qui a été faites au Grand Palais de Paris en 86 et lorsque je devais choisir le matériel à exposer, je demandais à Mme Z.  de m’apporter les originaux chez moi  pour procéder ensemble au choix des œuvres. A l’époque, il ne manquait que quelques dessins ou bandes, parce que volées ou perdues, pratiquement toutes les histoires étaient complètes. Pour être précis je réussis à convaincre Pratt de me donner enfin l’introduction en couleurs de « La Maison dorée de Samarkand », deux feuilles en aquarelles faites après une suggestion de ma part pour cette exposition à Paris, malheureusement les planches étaient si belles que je n’ai jamais pu les avoir en ma possession, étant toujours demandées pour des expositions diverses et variées à droite et à gauche. Je n’ai jamais pu les récupérer. J’ai même écris à Mme Z. pour les réclamer sans jamais avoir de réponse.

Tenant compte de ce que j’ai expliqué précédemment quant au souhait de Pratt de ne pas disperser son œuvre, j’entendais dire de plus en plus que des planches de Pratt circulaient sur le marché. Le choix de donner un rôle à Mme Z. en tant que responsable de l’exploitation de son œuvre, a été décidé bien avant la maladie de Pratt et j’ai été à plusieurs reprises consulté à propos de cette décision qu’il pensait prendre. Aussi, pour récompenser la dévotion et sa diligence de Mme Z., Hugo avait imaginé ce rôle, mais certainement pas pour qu’elle s’approprie des originaux et pour qu’elle les disperse afin de satisfaire exclusivement ses propres intérêts.

Il existe à Rome une galerie/librairie qui s’appelle « Spazio Corto Maltese », gérée par deux associés , à l’origine elle se trouvait Via Margutta et avait un troisième associé du nom de Gianluigi G., le propre mari de Patrizia Z.. A travers cette galerie ont été placées sur le marché même récemment, huit planches en couleurs, déjà exposées à Rome, il y a de cela quelques mois, à l’exposition Hugo Pratt Corto Maltese littérature dessinée, à charge de Vincente Mollica et Patrizia Z., sur cette affaire. Nous sommes donc en présence d’une personne qui abuse amplement de son mandat sous couvert de cette société suisse Cong, qui devrait avoir sous tutelle les droits des personnages de Pratt et répartir les droits aussi entre les héritiers. Elle s’est appropriée tous les biens qu’elle ré inclut dans la gestion de la société Cong. Je voudrais savoir pourquoi les héritiers ne peuvent pas même disposer des photos de leur père ?

Il existait par ailleurs toute une série de planches des dessinateurs que Pratt admirait et aimait, quelques unes acquises et d’autres offertes par des collègues, celles-ci non plus n’ont jamais été rendues aux enfants, au lieu de cela plusieurs d’entres elles « campaient » il y a peu dans les locaux de la « Lizard », maison d’édition de Mme Z. à Rome. Sans parler des magnifiques aquarelles joliment exposées sur les murs de sa maison à Rome, que j’ai personnellement pu admirer, environ vers 1998 et qui tapissaient chaque centimètre carré de ses murs. Il y avait là  une enveloppe pleine de dessins de Geoffrey Humphries, artiste anglais qui vit à Venise, un ami commun, que Pratt avait acheté, Hugo pensait alors les ajouter à un livre qu’il voulait faire avec les poèmes de son grand-père, pourquoi là non plus rien n’a été donné aux héritiers, qu’est-ce-que ces choses ont à voir avec cette ambiguë société suisse ? Si je ne m’abuse, la maison de Lausanne a été vidée par Z. et les enfants n’ont reçu que quelques cartons d’objets sans aucune valeur. Comment ce fait-il que les livres de la bibliothèque que j’essayais de transférer à Venise à travers une noble institution aient diminué au fil du temps entre les mains de cette dame, je crains qu’ils ne se soient emparés des œuvres de plus grande valeur et qu’elles ne fassent désormais partie de la bibliothèque privée de Monsieur G.

Quand Hugo disait que cette jeune fille qu’il avait aimée serait forcément la  meilleure solution pour garder et protéger son travail puisqu’en plus elle était riche. Il me semble qu’il serait maintenant bien amer de voir à quel point elle l’a trahi... Je devrais ajouter le nom de Mauro P. dans cette affaire, ce monsieur avait eu Mme Z. comme associée dans sa maison d’édition : « Il Grifo » à Montepulciano ; Je l’ai connu à travers elle quand il ont voulu que j’appuie leur projet de catalogue sur l’expo de Pratt à Venise, on était au début des années 80 (je crois que c’était l’expo avec les aquarelles que Pratt m’avait promises), chose possible uniquement parce que Pratt disait qu’il fallait toujours encourager les jeunes éditeurs, Bien je pense que cette personne, qui avait d ‘ailleurs fini par se disputer avec Mme Z.et avait disparu, ne refasse partie de son entourage et ne soit un peu la clé du mystère d’où se trouve le trésor du travail de Pratt. Je ne crois pas me tromper en vous disant que probablement une grande partie du travail de Pratt se trouve bien gardée dans des caisses, dans un quelconque hangar de cette petite ville. Tout comme j’avais moi-même pu le constater dans les années 80, alors je pense que lorsque Mme Z. prétend, à travers son avocat, ne pas avoir le matériel de Pratt, tous les originaux, elle n’ait finalement transféré dans ces hangars tout ce qu’elle avait à Rome. Comment peut-elle affirmer qu’elle ne sait rien de tout ça et après organiser des expositions, ce n’est pas crédible qu’elle affirme que les dessins sont prêtés par des collectionneurs privés anonymes parce que Ugo ne s’est de son vivant séparé que de très peu de matériel, je lui avais même demandé avant sa disparition une aquarelle pour un ami à moi. Il m’a dit qu’il allait réfléchir sur la question, qu’il voulait beaucoup d’argent, mais jamais il n’a donné un travail déjà fait comme les aquarelles que l’on trouve dans les magnifiques introductions à ses livres desquelles il était très jaloux.

Il existe aussi la galerie « Nuages » à Milan, qui travaille avec des aquarelles de Pratt, fruit d’accords qui ont donné  naissance à quelques beaux livres, mais je n’exclus pas que par ce moyen-là certains originaux soutirés par Mme Z.soient arrivés sur le marché, la responsable, dit considérer Mme Z. comme sa sœur. Enfin quoi qu’il en soit, moi je peux affirmer qu’il n’était aucunement dans les intentions de Pratt que son œuvre soit dispersée..."

 

Venise le 23/02/2007                                                                                             Guido Fuga

 

 

 Témoignage de Lele Vianello:

 

"A la fin des années 80 j’ai été chargé par Hugo Pratt de déménager les meubles, livres et objets son studio de Malamocco via Doge Galla 21, studio dans lequel je travaillais moi-même. Dans le studio il y avait une table de dessin professionnelle, une table lumineuse, trois grands meubles à tiroirs pour les feuilles et les dessins, une librairie longue de quatre mètres sur trois de hauteur avec 32 cases remplies de livres aux titres divers et variés (militaires, marine, histoire, géographie, illustration, de très nombreux titres en langue espagnole, d’autres très rares et anciens), un lit,un chevalet, un frigo (frigo et lit donnés à des amis), la table à dessin et la table lumineuse, deux des trois meubles à tiroirs, naturellement vidés et la librairie elle aussi vide ont été achetés par moi par ma collaboration au deuxième épisode de Cato Zulù. Tous les livres, les planches originales (Anne de la jungle), diverses aquarelles, croquis, épreuves de travail et les très nombreuses planches originales des maîtres de la bande dessinée argentins comme Rume et Sommer que Pratt avait acheté en Argentine, il y avait de plus grand nombre de revues militaires et sur la bande dessinée, de la série Frontera aussi, datant des années 50 quand Pratt travaillait en Argentine. Tout a été déménagé au dernier étage de l’immeuble dans son appartement privé. Vers la moitié de l’année 1994, Pratt décida de quitter aussi cet appartement-là, à nouveau je me retrouvai à devoir tout déménager.

Dans cet appartement il y avait, mis à part tout le matériel déjà décrit plus haut, et les appareils électroménagers, une grande librairie remplie de livres dont ceux qui étaient dans le studio et d’objets à forte valeur affective ; une chaîne stéréo Thorens, un amplificateur Milani, plus de deux cent Vynils, un enregistreur, plusieurs bobines d’enregistrements, un projecteur super huit, une caméra avec plusieurs bobines de films, un appareil photo professionnel Hasselblad, une épée d’Abyssinie ancienne, un livre ancien à la couverture en bois gravé, avec des motifs religieux coptes en plus de trois rouleaux de parchemin éthiopiens, peints, un luth, deux guitares, dont une de valeur de l’école de lutherie sicilienne, une radio / tourne disques Brionvega (ce genre d’appareil est très recherché par les collectionneurs, tant et si bien qu’un exemplaire est exposé aujourd’hui au MOMA de New York), deux grands tiroirs de l’armoire contenaient : un des centaines de photos de famille, le deuxième des dizaines de dessins du peintre Geoffrey Humphries et les clés de la ville de Wheeling offertes à Pratt par la ville, toutes ces choses plus les dessins et les épreuves de travail furent sur l’ordre de Pratt, empaquetées par moi dans des cartons, chargées dans un camion venant de Rome et envoyé par Mme Patrizia Z. et repartit vers le sud. Je ne crois pas qu’aucunes de ses choses aient été remises aux héritiers légitimes.

Je voudrais aussi témoigner, en considérant mon rapport d’amitié, ma fréquentation et notre travail en commun de plus de vingt ans (je vivais dans le même immeuble), que Pratt était extrêmement jaloux de son travail et n’entendait en aucune manière éclater, morceler, les histoires qu’il avait réalisées. Moi-même je ne possède aucune planche originale des histoires auxquelles j’ai contribué, ni aucun autre dessin ou croquis du maître."

 

                                                                                                                            Raffaele Vianello

 

Venise 28 février 2007

 

* (Les noms sont volontairement tronqués par souci de confidentialité nécéssaire dans cette affaire)